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06/05/2012

Torture et traitement cruel en libres sévices

De l’usage de la torture au Mexique.

1042762647.jpg   « Et bien chante maintenant » dit lors du Noël 2008 un militaire mexicain à une femme de l’état de Chihuahua (nord) tandis qu’il lui retirait son pantalon et la suspendait à une cage pour la frapper jusqu’à l’évanouissement et, deux jours plus tard, laisser un autre soldat encapuchonné la violer.

   Le cas de cette femme fait partie des 5176 recommandations émises en six ans par la Commission Nationale des Droits de l’Homme pour traitements cruels et dégradants contre des entités comme l’armée, le secrétariat de la Marine et les corps de police, entre autres autorités, dit à l’AFP Andrés Aguirre, troisième inspecteur général de cet organisme.

   Parmi elles il y a 113 cas de torture infligée par des militaires et des policiers. Dans le cas de la femme du Chihuahua, les soldats prétendaient que la victime dénoncerait des trafiquants de drogue et d’armes.

   Le 23 décembre 2008, un groupe de huit militaires vint à son domicile, la frappa, lui banda les yeux, la menotta et la transféra dans la réserve d’artillerie d’une tour de la garnison militaire à Ojinaga, une ville du Chihuahua située au bord du Rio Bravo, qui sépare le Mexique des Etats-Unis.

   Le 25 décembre, plusieurs militaires la frappèrent de nouveau. L’un d’eux ordonna de lui retirer son pantalon, lui attacha les mains avec des menottes, la laissant suspendue, « enleva sa ceinture et lui frappa l’abdomen et les jambes jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse », rapporte la recommandation 88/2011 de la Commission Nationale des Droits de l’Homme.

   Deux jours plus tard, tandis qu’elle se douchait sur ordre de ses geôliers pour enlever le sang de son corps, « un militaire encapuchonné » entra et « la pénétra violemment par l’anus », ajoute le dossier envoyé au secrétariat de la Défense.

   Elle resta sept jours enfermée dans ce lieu, où l’on exigeait qu’elle « fasse mention (le signalement) de quelqu’un qui vendrait des drogues ou des armes », indique la recommandation.

   Les dénonciations pour traitements cruels, inhumains et torture au Mexique ont substantiellement augmenté de 336 plaintes qui furent constatées et validées en tant que recommandations en 2006, à 392 en 2007, 564 en 2008, 1055 en 2009, 1163 en 2012 et 1666 l’année dernière, précisa le fonctionnaire.

   L’augmentation de ces violations des droits humains « a été, pour l’essentiel, le fruit des actions de lutte contre la délinquance qui ont été réalisées dans cette administration et avec l’incursion des forces armées dans des tâches qui d’ordinaire sont du ressort de la police », dit Aguirre dans une interview.

   La plupart de ces violations sont enregistrées peu après l’arrestation et avant que les détenus soient présentés devant le ministère public, expliqua le visiteur.

   Le président Felipe Calderón lança à son arrivée au pouvoir, en décembre 2006, une campagne militaire contre les cartels de narcotrafic. Les combats entre ces deux groupes et les affrontements avec les soldats ont fait durant cette période plus de 50000 morts dans le pays, incluant un nombre indéterminé de victimes étrangères aux organisations criminelles.

   Les partis de gauche de la Révolution Démocratique et du Travail impulsèrent au Sénat une modification de la loi pour prévenir et sanctionner la torture, visant à des condamnations jusqu’à 16 ans plus longues et à la radiation définitive des agents du service public qui commettraient ce délit. Cette modification sera débattue lors de la séance plénière de la Haute Chambre pour approbation le 10 avril prochain.

   La torture pour obtenir des aveux de possession d’armes et de drogue se répète dans plusieurs des recommandations émises par la Commission des Droits de l’Homme, qui a sollicité des sanctions pour 7760 autorités qui infligèrent des traitements cruels et inhumains.

   Parmi les centaines de pages publiées par la commission sur son site internet, où elle décrit ces cas, il y en a au moins deux où la torture déboucha sur la mort des victimes.

   Une technique récurrente dans divers dossiers publiés consiste en l’application de sacs plastiques sur la tête des victimes pour les asphyxier, ainsi que des coups et des décharges électriques.

   Parmi ces documents on trouve aussi le cas de la journaliste Lydia Cacho, arrêtée en décembre 2005 dans la station balnéaire de Cancun (sud-est), en guise de représailles de la part de personnes de la politique et du monde de l’entreprise mentionnées dans une enquête sur les réseaux pédophiles qu’elle a publiée.

   L’écrivaine fut transférée illégalement de Cancun à la ville de Puebla, au centre du pays, un trajet de 1668 kilomètres. Durant le trajet, où elle subit de nombreuses privations et une torture psychologique, les agents qui la transférèrent à une prison de Puebla « faisaient des commentaires sur le fait qu’ils verraient la mer de nuit, de même qu’ils lui demandaient si elle savait nager de nuit ».

   La journaliste mexicaine et défenseuse des droits humains Lydia Cacho présente son livre « Esclaves du pouvoir » le 29 novembre 2010 à la Foire du Livre de Guadalajara.

 

Texte original : PINEDA L. (2012). "La tortura y el trato cruel se disparan"

16:17 Publié dans Article, Citoyenneté | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mexique | |

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