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05/10/2012

Homosexualité et thérapies diverses

Thérapies pour « soigner » un gay

homosexualidad.gif   Je ne pourrai jamais oublier le témoignage d’un jeune gay qui me racontait comment son père a essayé de « soigner » son orientation sexuelle : ce monsieur a décidé d’emmener son fils chez un thérapeute, qui lui a recommandé de faire un tour à la morgue de Lima afin qu’il voit des cadavres de travestis assassinés. C’est la stricte réalité.

   Ce garçon fut victime d’une thérapie de reconversion, dont l’objectif était de « soigner » une maladie qui n’existe pas. Ces thérapies vont du témoignage que je viens de faire, en passant par des décharges électriques tandis que vous regardez la photo d’une personne nue du même sexe, jusqu’à l'utilisation, dans la gamme la plus moderne, d'hormones ou de psychothérapie pour trouver le conflit source du « mal ».

   Pères et mères peuvent être légitimement inquiets quand leur garçon ou fille leur apprend que leur orientation sexuelle n’est pas l’hétérosexuelle, et s’investir dans un processus thérapeutique peut être une excellente décision, pourvu que cette thérapie soit un acte libre, qui les aide à se sentir mieux dans leur relation mutuelle et que, plus spécifiquement, elle leur permette de comprendre que ce n’est la faute de personne.

   Certes, les personnes homosexuelles peuvent opter pour une psychothérapie, de même que n’importe quelle personne hétérosexuelle peut le faire pour lutter contre des conflits personnels de toute sorte, les sexuels inclus.

   Les problèmes de santé mentale associés à l’orientation sexuelle sont en général le produit des différentes postures adoptées par la société sur l’homosexualité. Plus nous avons été primitifs en tant que société, plus nous avons été répressifs et homophobes. Mais plus nous nous sommes assumés en tant que démocratie, plus nous avons été tolérants et respectueux de ces personnes.

   C’est pourquoi, considérer qu’être homosexuel est une insulte fait partie de quelque vestige d’une période moins évoluée de notre histoire et cause la douleur de milliers de familles et de personnes qui peuvent peiner à mieux comprendre ce sujet.

 

Thérapie anti-homophobe

   Sans nul doute, l’apprentissage, le changement d’attitude et d’appréciation qu’a dû confronter l’actuelle Miss Pérou Univers à la non-discrimination vis-à-vis de l’expression des différents affects de la sexualité humaine ont été des plus rapides, et on peut l’assimiler à une thérapie intensive contre la discrimination concernant l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

   Les bonnes nouvelles pour notre société sont que les déclarations de Cindy Mejia ont essuyé le refus d’une part importante des citoyens et sont devenues un sujet de réflexion dans les foyers, bureaux, médias, quartiers, etc.

   La mauvaise et traditionnelle c’est que le Pérou demeure un pays où gays, lesbiennes, trans et bisexuelles sont profondément discriminés, comme en témoignent certains rapports qui nous placent avec le Paraguay parmi les pays les plus discriminatoires de la région.

   Et nous le sommes, car demeure dans notre société une faible compréhension de ce que des affirmations telles que celles faites par Miss Pérou Univers sont des formes de discrimination. Ceux qui l’ont défendue avancent les mêmes arguments que ceux qui défendent la supériorité de certains êtres humains sur d’autres de par leur couleur de peau, ils disent que ce sont là des opinions et qu’elles doivent être respectées.

   Dire que l’homosexualité est une maladie, montrer de l’aversion, du rejet et rabaisser les différentes façons de vivre la sexualité, on appelle cela de l’homophobie. Et comme de bien entendu, l’homophobie est à la base de la justification de formes de violence et de non-reconnaissance des droits de ces personnes.

   Au-delà de ce que nous pensons de ces concours de beauté, cette version nous livre une leçon : le peu d’attention que l’on accorde à la génération des nouveaux esprits.

 

Texte original : GUERRERO R. (2010). "Terapias para "curar" a un gay"

Texte original : GUERRERO R. (2012). "Terapia anti homofóbica"

19:38 Publié dans Article, Citoyenneté, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pérou | |

02/09/2012

Le droit de naître et le droit de mourir

Ramon Sampedro, inspirateur du film Mar Adentro, évoque l’euthanasie.

Ramon Sampedro.jpg   Il n’est d’esclavage plus immoral que celui de la conscience. C’est la culture de l'involution, de l’enfer, de la mort, car elle mène irrémédiablement au ressentiment, au crime, à la destruction.

   Qu’est-il advenu de toutes les vérités sacrées et profanes, et toutes les vies sacrifiées pour les défendre, qui sont aujourd’hui considérées comme des crimes contre l’humanité ?

   Une des grandes erreurs philosophiques est de nier à l’individu le droit de renoncer à sa vie. Cela signifie qu’on ne veut jamais lui concéder que c’est là sa propriété. Libre et adulte.

   On n’a pas enseigné l’art de la bonne mort afin de défendre le caractère sacré de la vie, mais par crainte que les esclaves renoncent en masse à l’enfer de vies misérables.

   Il n’est pas absurde que les puissants justifient la souffrance comme un devoir moral parce que c'est la source de son bien-être jouissif. L’absurdité réside dans le fait que ceux qui furent esclaves, quand ils sont légitimés par la conscience collective pour corriger l’abus, l’erreur ou le crime, continuent d’appliquer les lois de leur ancien maître et leurs fondements – je me réfère aux socialistes et à la Constitution.

   Le droit de naître est fondé sur une vérité : le désir du plaisir. Le droit de mourir est fondé sur une autre vérité : le désir de ne pas souffrir. La raison éthique met le bien et le mal dans chacun de ses actes. Un enfant conçu contre la volonté de sa mère est un crime. Une mort contre la volonté de la personne aussi. Mais un enfant désiré et conçu par amour est, bien évidemment, un bien. Une mort désirée pour se libérer de la douleur irrémédiable aussi.

   La vie est fondée sur une vérité. Elle évolue en corrigeant systématiquement l’erreur. Le manuel d’instructions est la nature. Qui l’interprète fautivement crée le chaos.

   Si l’on refuse le droit de renoncer à la douleur insensée, l’on interdit aussi le droit d’être plus libre, plus noble, plus juste, le droit à l’utopie de se libérer de la tour où vous ont enfermé les législateurs. Ils ont exterminé les bêtes sauvages pour prendre leur place et font maintenant office de maîtres. Ils dictent des lois et des fondements de droits, ils créent des esclavages dont aucune raison ne peut échapper. La raison a créé pour son espèce une tour infernale.

   La liberté signifie la liberté totale. La justice signifie l’amour, le bien-être et le plaisir pour tout. C'est-à-dire l’équilibre.

   Aucune liberté ne peut être construite sur une tyrannie. Aucune justice sur une injustice ou une douleur. Aucun bien universel sur une souffrance injuste. Aucun amour sur une obligation. Aucun humanisme sur une cruauté, quel que soit l’être vivant qui en souffre. La différence entre la raison éthique et la croyance fondamentaliste est que la première est la lumière, la libération ; la seconde les ténèbres, la tour infernale.

 

Texte original : SAMPEDRO R. "El derecho de nacer y el derecho de morir"

07:14 Publié dans Citoyenneté, Film, Livre, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : espagne | |

29/06/2012

Traiter la drogue avec sérieux

L’Uruguay fait face au problème de la légalisation du cannabis.

1235185579043_f.jpg   La proposition d’étatiser la production et la distribution de la marijuana a mis en relief un sujet qui le mérite. Peut-être le gouvernement a-t-il lancé l’idée pour détourner l’attention d’autres sujets plus délicats, comme l’augmentation des peines (qui dérange une bonne partie de la gauche) ou la tentative de contrôle des médias (qui inquiète l’opposition). Il est clair en outre que la proposition fut lancée sans une réflexion suffisante, comme le montrent les réactions du ministre Fernandez Huidobre et de l’ex-président Tabaré Vasquez. Néanmoins, même de cette façon, la recherche de solutions innovantes face à la menace du narcotrafic est un sujet qui mérite la priorité.

   Depuis déjà plusieurs décennies, les Etats perdent peu à peu la lutte contre le narcotrafic. Non seulement le fait est qu’ils ne peuvent pas le vaincre, mais c’est plutôt le contraire. Les narcotrafiquants brassent toujours plus d’argent et ont une capacité supérieure de corrompre les institutions. Ils parviennent à contrôler de grands territoires (comme en Amérique Centrale) et à plonger dans la violence des sociétés entières (comme au Mexique). Même les succès obtenus sont incomplets. La Colombie a eu des résultats, mais cela a donné un déplacement du trafic vers d’autres régions du continent.

   Cette dure réalité a plusieurs explications. Certaines ont à voir avec le pouvoir même du narcotrafiquant : il est très difficile que la justice, la politique et la police restent propres si l’on offre des pots-de-vin de centaines de milliers de dollars. D’autres raisons sont liées à l’évolution du trafic : étant donné que les grands trafiquants tendent à rétribuer leurs intermédiaires par de la drogue et non pas par de l’argent (à cause de l’augmentation des contrôles contre le blanchiment), on crée une forte offre locale qui a fini par effacer la distinction entre pays de transit et pays consommateurs. D’autres raisons ont toujours à voir avec des phénomènes de large portée, comme le déclin de la famille traditionnelle ou la dégradation de l’enseignement.

   Cette accumulation de facteurs oblige à songer à de nouvelles voies. Que le gouvernement le comprenne de cette façon est loin d’être critiquable. Le problème c’est qu’il le fasse avec légèreté.

   Cela a-t-il un sens de mettre la production et la distribution de la marijuana entre les mains d’une bureaucratie étatique qui montre tous les jours son inefficience et son manque de contrôle ? Car nous ne parlons pas ici d’un Etat abstrait mais de l’uruguayen. Celui-là même qui a échoué à réagir face aux nombreux indices montrant qu’il y avait des infirmiers tuant des gens. Celui-là même qui n’arrive pas à faire fonctionner les prisons et les foyers de l’INAU. Celui-là même qui dépense de l’argent pour réparer des voies qui s’avèrent inutilisables par la suite. Celui-là même qui, à l’échelle de la municipalité, sermonne tout juste des fonctionnaires qui utilisent des biens publics pour restaurer leur propre maison. C’est entre ces mains que nous allons mettre la marijuana ? Nous ne sommes pas capables de contrôler le stock de morphine dans un CTI mais nous prétendons contrôler le stock de cette substance ?

   D’autre part, a-t-on pensé aux possibles effets indésirables de cette politique ? Par exemple, à qui va-t-on la vendre exactement ? Aux seuls majeurs ou aux mineurs aussi ? Il est notoire qu’une grande partie du public consommateur de marijuana a moins de 18 ans. L’Etat va-t-il vendre de la drogue à des enfants de 14 ans ? C’est dur à accepter. Et si l’on en vend aux seuls majeurs, non seulement les narcotrafiquants retiendront une bonne portion du marché, mais ils auront un nouvel aiguillon pour stimuler la consommation chez les mineurs, parce que ce n’est que là qu’ils pourront s’étendre.

   Et qu’allons-nous faire du marché noir qui va sans doute se créer ? Qu’il y ait un registre d’acheteurs ou pas et que l’on demande les mégots ou pas, de nombreuses personnes qui ne sont pas consommatrices ou consomment très peu vont découvrir l’astuce de retirer de la marijuana sous leur nom pour la revendre ensuite. Va-t-on pénaliser ce comportement ? Si la réponse est affirmative, on ouvrira un nouveau front de répression. Et si elle est négative, nous courons le risque de transformer l’Etat uruguayen en pourvoyeur de drogue de toute la région.

   Penser des solutions innovantes ce n’est pas proposer n’importe quoi. Le problème qui préoccupe le gouvernement est réel, mais sa proposition montre toujours le même degré d’improvisation qu’il exhibe dans d’autres sphères. Contraints de chercher des alternatives, l’idée de légaliser la culture domestique semble plus sensée et moins exposée à des effets indésirables.

   Au lieu de nous aliéner en faveur ou à l’encontre d’une proposition peu réfléchie, nous autres Uruguayens méritons une étude étayée et sereine.

 

Texte original : Editorial - El País (Uruguay) (2012). "Enfrentar la droga con seriedad"

15:03 Publié dans Article, Citoyenneté, Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : uruguay | |

14/05/2012

Le défi du 15-M

L’ « anniversaire » du mouvement des Indignés vécu de l’intérieur.

12M15M.jpg   L’absence d’une structure institutionnelle qui représenterait le mouvement des Indignés - aussi nommé 15-M ou DRY - Democracia Real Ya (La Démocratie Réelle, c’est maintenant) - n’a pas empêché, un an après son apparition sur la scène publique, cette rébellion citoyenne de rester en vie et d’être devenue, d’une façon ou d’une autre, un référent politique. Le rejet émanant des manifestations et campements de mai 2011 a imprégné les programmes électoraux de tous les partis et leurs échos ont traversé les frontières. Le précédent du printemps arabe en toile de fond, les sociétés aisées de la quasi-totalité de la planète, essentiellement concentrées en Europe et aux Etats-Unis, vécurent des mobilisations semblables inspirées par les mêmes souhaits de régénération de la politique et une plus juste répartition des sacrifices de la crise ; surtout en Espagne, le pays du chômage des jeunes massif.

   Même si l’on n’accorde pas à ce mouvement le monopole des revendications qu’il proclame, il est vrai qu’il a été capable de générer un débat public sur la représentativité des institutions publiques, les lois électorales, le paiement en nature, la transparence ou le contrôle des rétributions des élites professionnelles. Fort d’un appui majoritaire de la population - quoiqu’en baisse, d’après la dernière enquête de Metroscopia - ce mouvement diffus est une expression des aspirations d’une population frappée par l’appauvrissement soudain et les coupes budgétaires. Toutefois ce même malaise favorise aussi la montée de l’extrême-droite dans certains pays, ce qui peut les priver de sympathies sociales et dévier vers un repli politique qui devait être combattu.

   Les braises de ses premiers pas enthousiastes éteintes, le Mouvement 15-M se voit obligé de trouver de nouvelles voies d’expression. Les pouvoirs publics ne semblent pas disposés à permettre davantage de longues occupations des espaces publics, preuve en est l’évacuation par les policiers des 200 personnes qui squattaient la Puerta del Sol, à Madrid, dimanche matin, la Délégation du Gouvernement autorisant que la concentration pacifique effectuée à cet endroit dépasse l’horaire prévu, mais pas que des campements y soient établis. L’absence de problèmes à Barcelone et les petits incidents dans d’autres villes complètent le tableau de relative tranquillité. Autorités et indignés semblent avoir retenu les leçons du passé, bien que le sort des personnes arrêtées à Madrid dimanche matin inquiète les milliers de personnes à nouveau concentrées la nuit dernière à la Puerta del Sol.

   Les indignés possèdent un outil puissant : Internet et les réseaux sociaux. Toutefois leur véritable raison d’être leur est attribuée par une crise profonde et longue, qui augmente les inégalités et dépossède de leur pouvoir les institutions élues démocratiquement, et qui frappe plus particulièrement les classes ouvrières, les retraités et les plus jeunes.

 

Texte original : Editorial - El País (2012). "El desafío del 15-M"

16:15 Publié dans Article, Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : espagne | |

 
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